Ivan Rogers « Le gouvernement britannique ne comprend pas la manière de penser des Européens »

DANIEL LEAL-OLIVAS/AF, Le Monde, April 15, 2019
Jusqu’à la fin des années 1990, les locataires de Downing Street entretenaient le dialogue avec leurs homologues européens, mais la relation s’est détériorée avec la crise de lazoneeuroetlaguerreenIrak,en2003, estime l’ex­ambassadeur britannique auprès de l’UE  
 
Comment David Cameron a­t­il pu prendre le risque d’un référendum en 2016?
David Cameron a une grande confiance en lui. Il aime prendre des risques. Il pense que les questions fondamentales ne peuvent être évitées éternellement. Comme lors du réfé­ rendum sur l’indépendance de l’Ecosse, qu’il a autorisé en 2014 et gagné, il était convaincu qu’en posant une question existentielle à la population et en se jetant lui­même dans la bataille, il l’emporterait. A l’ouverture de la campagne, il a pris conscience que les conces­ sions de Bruxelles (baisse des allocations pour les migrants européens) étaient incom­ préhensibles pour l’opinion et qu’elles ne l’aideraient pas à gagner le référendum. Il a préféré insister sur les conséquences écono­ miques néfastes du Brexit. Ses adversaires ont alors dénoncé un « projet peur » concocté par l’establishment politico­financier et af­ firmé que le Royaume­Uni pourrait tout ob­ tenir de l’UE, continuer de bénéficier du mar­ ché unique une fois sorti, sans payer un cen­ time ni obéir aux règles européennes. 
 
Les Britanniques auraient­ils voté différemment s’ils avaient été mieux informés?C’est difficile à dire parce que l’euroscepti­ cisme a toujours été fort depuis notre adhé­ sion en 1973. Nos élites politiques ne se sont jamais investies comme l’ont fait les Alle­ mands et les Français. L’Union européenne a toujours été présentée au public britannique comme un projet centré sur le commerce. Même les responsables politiques plutôt pro­ européens, tels que Tony Blair, l’ont défendue comme un moyen d’élargir notre marché, ja­ mais sur une base affective.